« Les cosmétiques : certains ingrédients pourraient-ils être dangereux pour la santé ? »
Envoyé Spécial – France 2 en mars 2005. Un reportage de Françoise Vallet et Valérie Lucas.
« Nous sommes des millions à utiliser chaque jour des cosmétiques. Les Français sont champions du monde : nous dépensons chaque année près de 200 euros par personne (source INSEE) en parfum, produits de soins et de beauté. Mais que savons-nous de nos crèmes, shampoings, laits, lotions....? Comment sont-ils fabriqués ? Certains ingrédients pourraient-ils être dangereux pour la santé ? La tendance est au naturel, les packagings sont de plus en plus verts, les slogans sont aux extraits de framboise, de vanille, ou de caviar.... Ce naturel tient-il toujours ses promesses ? »
« Crèmes hydratantes, votre santé en danger » - Que Choisir novembre 2005 Numéro 431
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Dans la jungle des cosmétiques pseudo-naturels Par Anne Andrault
L’ Econovateur, agence conseil en communication et innovation responsables
http://www.econovateur.com/rubriques/communiquer/critcom150502.shtml
« Les cosmétiques à l'ère du doute. Comment sauver sa peau » Le nouvel Obs - Semaine du jeudi 5 janvier 2006 - n°2148 - Notre époque - Droit de réponse
L'époque où l'on croyait sur parole tout ce que racontent les fabricants de produits de beauté est révolue. Avant de s'appliquer quotidiennement une bonne douzaine de crèmes, mascara, gloss ou fond de teint sur le corps, enquête sur la composition des fameuses potions magiques.
Vous avez besoin d'une nouvelle crème pour le visage ? A la «soie de raisin» ? A la «fleur de cerisier» ? Vous aimeriez qu'elle «raffermisse vos contours» ? Et vous donne une peau «reboostée de l'intérieur» ? Qu'elle puisse «décontracter les structures contractiles» ?Vous avez du mal à choisir ? Normal. A moins d'avoir une loupe, un bac+5 en biochimie et les 1 000 pages de l'« Encyclopédie en cosmétologie médicale » devant vous, impossible de savoir ce que vous allez appliquer sur votre épiderme. Décrypter les compositions de nos petits pots relève d'un hasardeux parcours du combattant. Etes-vous sûre par exemple que la brillance nacrée de votre dernière texture au thé vert ne contient pas une once d'un des 45 PEG, alias le polyéthylèneglycol, qui ne serait autre qu'un dérivé du... gaz de combat ? Les vapeurs de la guerre de 14 sur notre derme ? On ne le vaut pas ! Les derniers mois ont été décapants pour nos trousses de beauté ! Pas un jour sans une nouvelle empoisonnante.
Quand « Envoyé spécial » met posément en question le contenu de nos cosmétiques, l'inquiétude pointe son nez. «Il n'y a plus qu'à prier pour ne pas avoir le cancer», lance une gamine sur le Net. Du coup, on s'arrache un livre du rayon écolo, venu d'Allemagne, « la Vérité sur les cosmétiques »(1). Il se vend aux enchères le temps qu'il soit réédité. L'auteur nous met sous le nez le contenu de nos trousses de toilette et ça ne sent pas bon. Seuls quelques produits «naturels» sont dédouanés. En mai, un livre du professeur Belpomme (2), cancérologue militant pour un environnement moins pollué, donne comme 21e prescription : «limiter l'usage des produits de beauté cosmétiques et teintures capillaires».
Saint-Valentin et Fête des Mères ont été assombries par des militants de Greenpeace qui distribuaient devant les parfumeries de grandes villes leur « Guide Cosmétox » dans lequel on peut lire : «Une goutte de diethylhexylphtalate, une once de nonylphénol, un peu d'hydrocarbure aromatique polycyclique, un soupçon de musc synthétique... voilà quelques-unes des substances chimiques aux propriétés préoccupantes qui peuvent entrer dans la composition de votre parfum ou de votre crème de beauté...»
En novembre, « Que choisir » titre : «Crèmes hydratantes : votre santé en danger». Ses experts ont trouvé une cinquantaine de «substances indésirables» dans dix crèmes hydratantes. On a même vu en 2005 des journaux féminins effleurer la question du danger des cosmétiques, avec le secours de dermatologues éclairés...
Intéressant branle-bas de combat qui contredit quelque peu une pub abusant des contes de fées et de notre fol espoir de stopper la marche du temps. Mais encore faudrait-il y voir clair dans cette avalanche de remises en question, de rumeurs, d'accusations ! Rien de plus difficile pour un non-initié. Faut-il comprendre que nos produits, y compris les plus chers, sont peu performants quand ils ne sont pas potentiellement dangereux ? Que leurs principes actifs sont peu nombreux, rarement innovants, et que leur action est surestimée ? Quand on vous promet de 30% à 40% de profondeur de rides en moins, cela fait un sillon réduit de 0,001 mm, différence visible peut-être par un oeil de lynx. Dur de lire que l'essentiel du contenu de nos petits pots consiste en excipients, de l'eau souvent, jusqu'à 80%, brassée avec des émulsionnants, conservateurs, additifs, colorants et éléments parfumants. Issues parfois des déchets recyclés de l'industrie pétrochimique, certaines substances seraient suspectes, à risques, ou carrément dangereuses. Beaucoup plus qu'on ne le croit, responsables non seulement d'allergies de la peau, mais aussi de mutations de cellules, de processus cancérigènes, de perturbations hormonales néfastes à la reproduction et, accessoirement, de dégâts sur l'environnement.
A chaque détracteur ses références, ses recherches et des enquêtes publiées dans la littérature médicale internationale. En Grande-Bretagne, une étude a mis en évidence le lien entre conservateurs et certaines tumeurs cancéreuses du sein. En Suisse, des filtres solaires sont accusés d'action oestrogénique dommageable. Il y a trois mois, le WWF retrouvait en Grande-Bretagne, dans le sang des mères et le cordon ombilical de nouveau-nés, des traces de muscs artificiels, de phtalates et de triclosan, un antibactérien. A des doses faibles, mais qui s'accumulent au fil des ans. Certains se livrent à des extrapolations délirantes du type : «60% des substances appliquées sur la peau sont absorbées par le corps, ce qui fait 2 kilos de produits de synthèse par an»...
Seuls les professionnels savent. Ce pourrait être le slogan des dermatologues, en situation défensive devant les agressions dont ils se sentent l'objet. A la Société française de Dermatologie, partenaire de l'industrie des cosmétiques, on encaisse mal l'ère des critiques. Quelle « présentation inutilement alarmiste et erronée», l'enquête de « Que choisir » ! «Les produits cosmétiques méritent que l'on s'y intéresse avec un esprit scientifique», lit-on dans un communiqué offensé, mais qui ne réfute rien sur le fond, sauf pour dire que «les effets sur le rat ne sont pas forcément transposables à l'homme»... Et tous de plaider la cause de produits qui n'auraient jamais été aussi sûrs qu'aujourd'hui, concoctés par des professionnels de qualité et surveillés par des instances au-dessus de tout soupçon. «La réglementation pousse les laboratoires vers le haut»... Toute substance est dangereuse en soi, mais jamais aux doses où elles sont présentes, répètent-ils. Eux dénonceraient plutôt ces huiles essentielles qui sont «des bombes atomiques en puissance», ces «camelots à parapluies» qui sévissent sur les marchés et ne vendent pas de «bons produits». Et nous, consommateurs qui pécherions souvent par «mésusage» de nos tubes et flacons. On se rincerait par exemple fort mal. «La peau du visage des bébés est dans un état lamentable neuf fois sur dix aujourd'hui», estime le professeur Gérard Lorette, dermatologue en chef de l'hôpital de Tours : trop décapée, ensuite tartinée de produits utilisés à mauvais escient. Les mères repartiraient des maternités chargées de «trop» d'échantillons.
Et par quoi remplacera-t-on certaines substances si l'industrie est acculée à les supprimer ? «Le remède sera peut-être pire que le mal»...
Quelle est justement l'étendue du mal aujourd'hui ? Modeste, disent les rares statistiques. Le tout récent système de cosmétovigilance mis en place en France fait état d'une centaine de problèmes enregistrés en un an par les dermatologues et l'Afssaps. Autant dire rien, comparé aux 8 000 nouveaux cas annuels de cancer de la peau dus à la surexposition au soleil. Eczéma, urticaire, allergies, plaques rouges, dermites, troubles de la pigmentation, asthme, rhino-conjonctivite, réactions générales graves, on trouve de tout dans ce recensement. Obligées de se reconvertir- elles ne supporteront plus jamais le contact des produits qu'elles utilisaient -, une esthéticienne et sept coiffeuses ont été soignées ces derniers mois. La question se pose évidemment de savoir si ce bilan rassurant ne tient pas de l'iceberg. Avec leurs effets retardés et énigmatiques, les problèmes de cosmétiques relèvent à l'évidence d'enquêtes policières pour nos médecins. Les allergies, passe encore, mais la toxicologie qui ne marque pas la peau, arrivent-ils à l'identifier ? Nos produits de beauté seraient à l'origine de 20% de l'activité dermato-allergologique des CHU.
Les «effets indésirables des cosmétiques» figurent désormais au programme des congrès médicaux. Pourquoi autant de nouvelles gammes de produits pour « peaux à problèmes » ou « hypersensibles » ? Pourquoi tant de femmes dont «la peau ne supporte plus rien» ? «Vous avez le syndrome du visage irritable», répète le médecin de service qui répond à celles qui se lamentent sur le nouveau site internet consacré aux allergies (3).
Détracteurs ou défenseurs de nos onguents, personne n'est fondamentalement sûr de rien. Ce n'est pas la dernière grande enquête américaine sur le sujet qui va les départager : sur 1 194 substances chimiques de cosmétiques analysées, 9 seulement se sont révélées dangereuses, 114 incertaines, les autres inoffensives. Mais à l'ère du principe de précaution, on ne peut que resserrer les contrôles. Les cosmétiques ont échappé au formidable projet européen Reach qui vise à revoir le gros de nos produits chimiques mais qui finira par les atteindre, au moins indirectement. L'industrie des cosmétiques joue jusqu'ici les abonnés absents face à ses détracteurs. Elle règne sur le marché et garantit a priori l'innocuité de ses produits. Les services de contrôle publics sont lilliputiens par rapport à la force de frappe d'une industrie aussi performante : en 2004, L'Oréal a consacré pas moins de 507 millions d'euros à la recherche et au développement.
Devra-t-elle faire peau neuve, l'industrie de la beauté ? Inventer des potions magiques d'un nouveau type ? Elle ne va quand même pas laisser des filles branchées touiller dans un bol avec des baguettes chinoises leurs recettes de beauté maison ou courir pour dénicher des produits faits avec des plantes de la forêt amazonienne ! Avec les «marques de docteur», en vogue aux Etats-Unis, c'est tendance. Pour la première fois les ventes ont montré cette année des signes d'essoufflement, sauf au rayon des produits bio, désormais labellisés.
Dans le doute, abstiens-toi ? Jamais les femmes ne se sont encore prêtées à ce jeu-là. Des Romaines massacrées par le plomb de leur maquillage jusqu'aux femmes qui mouraient au xixe siècle de s'être trop éclairci la peau, la liste est longue des risques encourus pour l'envie d'être belles. Nos aïeules furent séduites dans les années 1930 par Tho-Radia, «la crème embellissante au radium selon la formule du Dr Alfred Curie». Aujourd'hui, la vieillesse fait peur très tôt. Des filles encore acnéiques se lamentent sur leur blog devant leurs ridules. On veut mourir très vieux en étant toujours jeunes et beaux. Il y aurait presque autant de femmes aujourd'hui, révèle une enquête outre-Rhin, qui souhaitent un produit pour empêcher la formation des rides qu'un médicament anticancéreux. La beauté n'aurait-elle pas de prix ?
(1) « La Vérité sur les cosmétiques », par Rita Stiens, Leducs, 310 p., 23 euros.
(2) « Guérir du cancer ou comment s'en protéger », par le professeur Dominique Belpomme, Fayard, 444 p., 22 euros.
(3) dermaptène.com
«Le boom du Bio – Cosmétiques : attention tabou» Sujet sur France 5 Arrêt sur images
Dernière diffusion le 4 décembre 2005
Invités : Catherine Sokolsky, Alain Grangé-Cabane, Isabelle Moncada
« Mars 2005. L'émission "Envoyé spécial" consacre un reportage à l'univers des cosmétiques. Le constat est accablant : chaque Français dépense en moyenne 200 euros par an en parfums, produits de soin et de beauté... lesquels contiennent des éthers de glycol - suspectés de provoquer cancers et malformations fœtales -, des parabens - soupçonnés de multiplier les cellules cancéreuses - et bien d'autres substances potentiellement toxiques.
De quoi susciter la panique des consommateurs. Panique qui s'exprime, dès le lendemain de la diffusion, sur les forums féminins du Net, tandis qu'une pétition réclame, sur le forum d'"Envoyé spécial", la rediffusion du sujet polémique.
Sur un fil de discussion du site Magicmaman, pas moins de quatorze pages sont consacrées à l'émission. Des mères affolées y font part de leur indignation.
L'une d'elle s'insurge : "Ca me fait hurler quand je me rends compte que les lingettes visage spécial bébé ne sont pas épargnées et encore moins les produits solaires ! Je tartine mon poussin tous les étés pour le protéger des méfaits du soleil, et je fais pénétrer, à travers son épiderme, je ne sais quelles molécules classées cancérigènes !".
Sur Doctissimo, portail dédié à la santé et au bien-être, un des fils du forum donne le ton : "'Envoyé spécial', froid dans le dos". Une internaute avoue qu'elle a fait comme la plupart des téléspectateurs présents devant leur poste ce soir-là : elle a comparé les étiquettes de ses produits avec les substances incriminées dans l'émission. Résultat effrayant, qu'il s'agisse de marques prestigieuses ou bon marché.
Une autre forumeuse explique qu'elle achète tous ses produits de beauté "en magasin bio". Les messages postés ensuite concernent tous la "bio-cosméto" : prix, conseils, arnaques et bonnes adresses s'y échangent.
Sous le choc, les consommatrices semblent ne plus jurer que par le bio. Idem sur Auféminin, où les "naturelles" (adeptes des solutions bios et écolos) partagent leurs "trucs" et leurs marques préférées.
L'engouement pour les bio-cosmétiques est réel. Le salon bio et nature Marjolaine a attiré, à la mi-novembre 2005, 75 000 visiteurs. Sur 500 stands, 120 étaient consacrés au bien-être.
Mais qu'en est-il vraiment de la qualité de ces produits ? Certains, prétendument naturels, contiennent autant de substances douteuses que les crèmes et savons classiques. Et le filon est largement exploité : tapez "cosmétique bio" dans le moteur de recherche Google et vous trouverez, dès la première page, une dizaine de liens commerciaux... »
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